En ce début d’année 2025, le Nigéria traverse une phase de profonde transformation économique. Sous la direction du président Bola Tinubu, en fonction depuis mai 2023, le gouvernement a engagé une série de réformes audacieuses pour restaurer la stabilité macroéconomique et poser les bases d’une croissance plus inclusive. Ces mesures, qui incluent la libéralisation du marché des changes et la suppression des subventions énergétiques, ont certes provoqué une flambée du coût de la vie et accentué les tensions sociales, mais elles commencent à produire des effets tangibles : le retour de la confiance des investisseurs, une meilleure transparence financière et un assainissement budgétaire progressif. Toutefois, l’équation reste inachevée : la stabilité retrouvée au sommet de l’économie ne garantit pas automatiquement l’amélioration des conditions de vie. Le véritable défi réside désormais dans la capacité du Nigéria à transformer ces acquis macroéconomiques en une réduction durable de la pauvreté, une création massive d’emplois et une amélioration concrète du bien-être des citoyens.
Tendances de croissance économique
Le Nigéria a placé la barre haut. Sous l’impulsion du président Bola Tinubu, le gouvernement s’est fixé pour objectif de porter la croissance annuelle du PIB à 7 % d’ici 2027, un cap censé sortir des dizaines de millions de Nigérians de la pauvreté et quadrupler la taille de l’économie à l’horizon 2030. Ces ambitions traduisent une volonté affirmée de repositionner le pays comme locomotive de l’Afrique subsaharienne, après une décennie marquée par une croissance erratique et des chocs successifs effondrement des cours pétroliers, pandémie de COVID-19, inflation galopante et crise monétaire.
En 2024, l’économie a affiché une expansion réelle de 3,4 %, soit son meilleur résultat depuis 2014, hors effet de rebond post-pandémique. Les prévisions tablent sur une légère accélération à 3,7 % en 2025, tandis que la Banque mondiale anticipe une croissance moyenne de 3,6 % sur la période 2025-2027. Ces chiffres traduisent une stabilisation bienvenue, mais encore insuffisante pour enclencher une véritable dynamique de transformation structurelle.
Le PIB par habitant, indicateur clé pour mesurer le bien-être des populations, a atteint 806,9 dollars en 2024 et devrait s’élever à environ 820 dollars en 2025, soit une progression annuelle moyenne de seulement 1,1 % sur les trois prochaines années. Or, à ce rythme, le Nigéria restera loin de ses ambitions. Pour atteindre l’objectif politique d’une économie de 1 000 milliards de dollars d’ici 2030, la cadence de croissance devra être multipliée par cinq, nécessitant des investissements massifs, une diversification économique plus rapide, et surtout, des réformes capables de traduire la stabilité macroéconomique en gains tangibles pour les ménages.
Secteurs clés et productivité
La reprise économique nigériane repose sur un socle étroit, dominé par les services et le secteur pétrolier, tandis que d’autres branches peinent à suivre. En 2024, les services ont progressé de 4,7 % et devraient maintenir leur élan avec une projection de 4,9 % en 2027. Les performances spectaculaires des services financiers (+30,9 %) et l’essor des technologies de l’information et de la communication (TIC) qui pèsent désormais près de 18 % du PIB confirment une mutation structurelle. Au premier trimestre 2025, les TIC ont affiché une croissance de 4,33 %, contribuant à plus de la moitié du PIB national, signe de leur rôle pivot dans la transformation numérique du pays.
Le secteur pétrolier, longtemps en déclin, connaît une embellie : la production de brut et de condensats a grimpé de 5,5 % en 2024, pour atteindre 1,7 million de barils par jour début 2025, un niveau inédit depuis quatre ans. Cette reprise offre un répit budgétaire à l’État, mais expose toujours l’économie à une forte dépendance aux cours mondiaux.
En revanche, les piliers de la diversification restent fragiles. L’agriculture n’a progressé que de 1,2 % en 2024, freinée par l’insécurité persistante dans les zones rurales, les coûts élevés des intrants et un accès limité au financement. Quant à l’industrie non pétrolière, essentielle à la création de valeur locale, elle n’a enregistré qu’une croissance timide de 1,4 %, insuffisante pour absorber la main-d’œuvre croissante.
La question de la productivité demeure centrale. Les secteurs moteurs pétrole, finance, TIC sont peu intensifs en emploi, laissant la majorité des travailleurs se replier vers l’économie informelle, qui concentre près de 90 % de l’emploi total. Cette dichotomie souligne le défi stratégique : transformer la croissance tirée par des secteurs capitalistiques en opportunités d’emplois massifs et décents, condition sine qua non pour réduire durablement la pauvreté.
Inflation et politique monétaire
L’inflation reste le talon d’Achille de l’économie. Elle a atteint en moyenne 33,2 % en 2024, contre 24,5 % en 2023. Pour 2025, elle devrait se modérer à 22,1 %, avec un objectif de 15 % d’ici 2027.
La Banque centrale du Nigéria a adopté une politique monétaire stricte :
- Taux directeur porté à 27,5 % en février 2025 (+875 points de base).
- Réserves obligatoires fixées à 50 %, un niveau exceptionnellement élevé.
- Transparence accrue avec la publication des états financiers audités.
Malgré cela, la transmission monétaire reste imparfaite et les taux interbancaires reflètent des tensions de liquidité.
Position fiscale et dette publique
La discipline budgétaire s’est renforcée en 2024. Le déficit consolidé est tombé à 3 % du PIB (contre 5,4 % en 2023), grâce à une hausse des recettes publiques passées de 7,2 % à 11,5 % du PIB. La suppression de la subvention implicite sur le change et une meilleure collecte fiscale expliquent en partie cette amélioration.
Les dépenses fédérales sont restées stables malgré des hausses salariales et de nouvelles initiatives sociales.
La dette publique, bien qu’en hausse à 53,2 % du PIB (contre 45 % en 2023), demeure soutenable. Le ratio service de la dette/recettes est tombé sous 40 %, après avoir frôlé les 100 % en 2022. La réussite d’une émission d’Eurobonds de 2,2 milliards USD en décembre 2024 illustre le retour de la confiance des investisseurs.
Au niveau des États, un excédent agrégé de 0,6 % du PIB a été enregistré en 2024, grâce notamment aux transferts du FAAC et à une hausse des investissements en infrastructures.
Situation externe et marché des changes
Le Naira a commencé à se stabiliser depuis mi-2024, après les réformes du marché des changes et la suppression de la prime parallèle. Un nouveau système interbancaire mis en place fin 2024 a accru la transparence.
Le compte courant est excédentaire, à 17,2 milliards USD en 2024 (9,2 % du PIB), en hausse de 185 %. Les envois de fonds atteignent 21 milliards USD. Les investissements de portefeuille étrangers ont plus que doublé (+110 %), atteignant 13 milliards USD.
Cependant, les IDE restent limités, à moins de 1 % du PIB, freinés par un climat des affaires encore contraignant.
Les réserves brutes sont passées de 32,9 milliards USD fin 2023 à 40,9 milliards USD fin 2024, avant de reculer légèrement à 37,9 milliards USD début 2025.
Défis sociaux et lutte contre la pauvreté
La pauvreté demeure le défi central. Près de 46 % des Nigérians vivaient sous le seuil de pauvreté en 2024, contre 38,9 % en 2023. Cela représente 42 millions de personnes supplémentaires depuis la pandémie.
Les zones rurales sont particulièrement touchées : 75 % des habitants y vivent avec moins de 2,15 USD par jour. Les revenus du travail, plombés par l’inflation, n’ont pas suivi.
Chaque année, 3,5 millions de jeunes Nigérians arrivent sur le marché du travail, accentuant la pression sur la création d’emplois. Le gouvernement a lancé un programme de transferts monétaires ciblant 15 millions de ménages, mais sa mise en œuvre reste lente.
L’avenir du Nigéria repose sur un double agenda de réformes :
Un secteur public plus efficace :
- Maintien d’une politique monétaire stricte et d’une transparence accrue de la CBN.
- Amélioration de la gestion des finances publiques, y compris la pleine collecte des recettes pétrolières.
- Réallocation des ressources vers l’éducation, la santé, la protection sociale et les infrastructures.
Un secteur privé libéré :
- Investissements accrus dans les infrastructures via des partenariats public-privé.
- Réduction des barrières au commerce et amélioration de la compétitivité.
- Développement de nouveaux instruments financiers pour les PME.
- Modernisation de l’agriculture et expansion des services numériques.
2025, l’élan d’un nouveau cycle
L’année 2025 marque un tournant porteur d’espoir pour l’économie nigériane. Après une période de turbulences, la stabilité macroéconomique retrouvée ouvre la voie à une dynamique de croissance plus solide et durable. L’objectif ambitieux du président Bola Tinubu atteindre 7 % de croissance annuelle d’ici 2027 apparaît comme un cap mobilisateur. Les signaux positifs sont déjà perceptibles : reprise pétrolière, vitalité des services, montée en puissance des TIC et regain de confiance des investisseurs. Le défi désormais est de transformer cet élan en une croissance réellement inclusive, capable de réduire la pauvreté et de créer massivement des emplois. Avec une volonté politique affirmée, un potentiel démographique exceptionnel et des réformes structurelles en cours, le Nigéria dispose des atouts nécessaires pour franchir une nouvelle étape et s’affirmer comme l’un des moteurs de la prospérité africaine.

